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Culture et voyage

7 films marquants sur l'Asie du Sud-Est

Mis à jour le : 9 janvier 2017

Carte

L'Asie du Sud-Est, terre luxuriante et creuset de cultures millénaires… La garantie de belles images à l'écran, mais pas seulement. Car le cinéma sait tendre un miroir à travers lequel saisir les drames du passé et les enjeux d'aujourd'hui.
 

1. L'année de tous les dangers (Indonésie)

Peter Weir, 1982, Australie
Dans les années 1980, les reporters embarqués dans l'actualité la plus brûlante (voir Under Fire tourné en 1983) tiennent la vedette. Mais ici, le correspondant australien, joué par Mel Gibson, qui traque le scoop à Djakarta, à la veille d'un coup d'État militaire, va se confronter à l'opacité d'un pays au bord du chaos. Son guide autochtone est un cameraman nain, rôle tenu en réalité par une fabuleuse comédienne, Linda Hunt. Loin du film d'action basique, Peter Weir s'est attaché à restituer la touffeur et la moiteur d'une Indonésie en proie aux rumeurs de complots et prête à basculer dans une répression sanglante.
Rares sont les spectateurs qui ne restent pas marqués par le climat à la fois oppressant et sensuel que Peter Weir réussit à instiller tout au long du film, notamment dans les scènes nocturnes. Ce prodige est dû à l'habileté du réalisateur et de son équipe qui ont travaillé pour l'essentiel dans les studios australiens, même si certains extérieurs ont été tournés à Manille, aux Philippines. Il n'empêche, ce que l'on voit à l'écran restitue des impressions qu'il est encore possible de capter sur place, dans l'île de Java et les faubourgs de Djakarta.
 
 

2. Toute la beauté du monde (Bali, Indonésie)

Marc Esposito, 2006, France
Écrivain-réalisateur, Marc Esposito a adapté son roman éponyme, sorti en 1999, et a mis en scène le voyage en Asie d'une jeune femme dévastée par la mort de son compagnon. À Bali, un homme va lui servir de guide et lui rendre, peut-être, le goût de vivre et d'aimer. Marc Lavoine, qui entretient dans sa vie personnelle un rapport intime avec l'île, n'a pas eu de mal à endosser ce rôle. Dans ce parcours initiatique, les paysages balinais jouent le rôle du passeur d'émotions. Loin de la simple illustration, leur présence souligne le regret lancinant d'une femme, incarnée à l'écran par Zoé Felix, qui ne peut partager avec l'être aimé et a perdu la beauté du monde.
Le cinéaste a promené ses acteurs durant quatre semaines sur toutes les routes, y compris les moins praticables, de l'île indonésienne de Bali. Le suivre, c'est en faire le tour, des plateaux volcaniques aux rizières en terrasses de Jatiluwih, et tomber amoureux d'une terre que l'on a surnommé « l'île des dieux ». Ce paradis insulaire n'échappe pas aux dommages de la vie moderne et de l'industrie touristique, mais d'autres sites ont servi de décor au film, en particulier l'île volcanique de Lombok, elle aussi dans l'archipel de la Sonde, et la ville de Chiang Mai, la « Rose du Nord », en Thaïlande.
 
 

3. La Septième Aube (Malaisie)

Lewis Gilbert,1964, Grande-Bretagne
Bon artisan des plateaux, Lewis Gilbert a signé dans sa longue carrière des James Bond d'assez bonne facture (L'Espion qui m'aimait, entre autres), mais ce film d'aventure possède un autre souffle, romantique et politique. Trois anciens compagnons d'armes, dont une femme, qui ont pris le maquis durant l'occupation japonaise dans la jungle de Malaisie, voient leur amitié mise à l'épreuve dans les luttes nationalistes qui secouent le pays après le conflit mondial. Dilemmes cornéliens en perspective… William Holden, sous les traits du major Ferris, n'est pas le moins torturé par sa conscience. Lors du tournage, les autorités anglaises refusèrent de prêter leur concours à un film qui ne donnait pas le beau rôle aux troupes coloniales de Sa Majesté. Ce sont des soldats australiens, basés sur la frontière, qui furent mis à contribution pour les scènes de guerre.
Pas de subterfuge pour ce cinéma d'action sur fond de jungle. L'équipe a travaillé en milieu naturel, aux environs de Kuala Lumpur, l'actuelle capitale de la Malaisie. C'est l'occasion de découvrir l'un des pays les moins connus de l'Asie du Sud-Est, qui se divise entre une partie péninsulaire, au sud de la Thaïlande, et le nord de l'île de Bornéo. Si les plantations d'huile de palme gagnent de plus en plus de terrain, la Malaisie est encore partiellement couverte d'une jungle luxuriante. Le meilleur exemple est constitué par le parc national du Taman Negara au centre du pays.
 
 

4. L'odeur de la papaye verte (Vietnam)

Tran Anh Hung, 1993, France/Vietnam
Avant maturité, la papaye peut être consommée comme un légume. Dans les cours de maison, au Vietnam, cette baie savoureuse pousse à côté des herbes aromatiques. Le film de Tran Ahn Hung évoque, par touches subtiles, la vie d'une jeune servante engagée dans les années 1950 par une famille ruinée de Saigon. Le réalisateur a obtenu pour ce film la Caméra d'or au festival de Cannes 1993.
L'illusion est parfaite. À l'écran, vous circulez dans l'intimité d'un foyer domestique indochinois, à travers ses rites traditionnels, son mobilier, sa quiétude qui fait constraste avec le fourmillement de la rue. Dans la réalité, ce prodige ne tient qu'au talent du chef-décorateur Alain Nègre, et de l'équipe de tournage qui avaient investi, sans grands moyens, deux plateaux des studios de la SFP à Brie-sur-Marne. Filmer au Vietnam aurait coûté trop cher. Alain Nègre n'a passé que quatre jours à Hô Chi Minh-Ville, l'ancienne Saigon, mais il en a rapporté le sens exact des proportions dans l'aménagement intérieur et les volets, nattes, claustras, qui jouent avec la lumière et contribuent à la poésie de cette œuvre. Après le tournage, la petite maison a été démontée, vendue, et remontée dans le Midi, en Provence. À vous de la dénicher au milieu des lavandes et ces cigales…


 
 

5. Rangoon (Myanmar/Malaisie)

John Boorman, 1995, États-Unis/Grande-Bretagne
Une jeune femme médecin, éperdue de chagrin après le meurtre de son mari et de sa fille, retrouve un sens à sa vie en parcourant la Birmanie en proie à la guerre civile. John Boorman s'est inspiré d'événements survenus à Rangoon, la capitale du Myanmar, son nom birman, lors du putsch militaire de 1988. L'auteur de Délivrance ou de La Forêt d'émeraude, réputé pour dépeindre un monde brutal et pessimiste, est aussi un nomade du cinéma qui excelle à franchir les frontières. Rangoon mêle ainsi la fresque historique et le récit intime et mouvementée d'une résilience.
La Birmanie reste un pays sous contrôle militaire, et il était impossible au réalisateur d'y filmer les scènes de sa guerre civile. Les décors extérieurs ont pour cadre la Malaisie voisine, mais vous n'y perdrez pas au change. L'État du Perak où se déroulent les scènes d'action, sur la côte de la mer d'Andaman, offre des lieux magnifiques. La Rangoon du film a été reconstituée à Ipoh, sa capitale, et à Kuala Kangsar, l'ancienne ville royale. Les amateurs de plongée pourront aussi piquer une tête dans les eaux translucides de l'île de Pangkor.
 
 

6. Captives à Bornéo (Malaisie orientale)

Jean Negulesco, 1950, États-Unis
Ce film d'un réalisteur hollywodien d'origine roumaine, apprécié des stars pour ses talents de cuisinier, traite de l'histoire vécue durant la Seconde Guerre mondiale par l'Américaine Agnes Keith. En 1942, les Japonais font main basse sur l'île de Bornéo, que se partageaient la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Les Occidentaux sont faits prisonniers et Agnes Keith, séparée de son mari, est retenue jusqu'à la libération de l'île en 1945. C'est Claudette Colbert, actrice américaine d'origine française, qui tient le rôle de cette mère courage luttant pour sa survie ainsi que celle de son fils.
Negulesco a fimé les extérieurs sur les lieux de l'action, dans la partie malaisienne de l'île de Bornéo. C'est ici que les Japonais planifièrent de terribles marches de la mort dans la jungle qui décimèrent près de 2 400 prisonniers de guerre australiens et britanniques. On peut aujourd'hui se rendre dans la ville côtière de Sandakan, au nord de l'État du Sabah, pour visiter la maison d'Agnes Keith, « Newlands », située dans l'ancien quartier colonial britannique. Récemment convertie à l'écotourisme, Sandakan permet d'accéder à plusieurs réserves naturelles disséminées aux alentours dont l'une abrite des ourang-outans.
 
 

7. Un barrage contre le Pacifique (Cambodge)

Rithy Panh, 2009, France/Belgique/Cambodge
Cinéaste cambogien, rescapé des camps de travail des khmers rouges, Rithy Panh a développé une œuvre consacrée à la mémoire et à la culture d'un pays hanté par ses années de sang. Cette adaptation du roman éponyme de Marguerite Duras sort de son travail documentaire et met en scène un épisode de la jeunesse de l'écrivaine. La mère, madame Dufresne, jouée par Isabelle Huppert, tente de faire fructifier un lopin de terre en Indochine, sur les rives du golfe de Siam, et se ruine à vouloir construire une digue pour contenir les eaux du Pacifique.
Pour le cinéaste, tout s'est joué lors des repérages. Il a retrouvé l'emplacement de la concession de la mère de Marguerite Duras, près de Ream, dans la province de Kompong Som, au Cambodge. Mieux, le rêve insensé de cette femme s'était réalisé. Un barrage protège les rizières devenues les plus fertiles de la région ! Sur place vous croiserez peut-être encore de vieux pêcheurs qui ont connu la famille Donnadieu, le vrai nom de la romancière, dans les années 1930.


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