-->
  1. Accueil
  2. Magazine
  3. Sports et activités
  4. Coupe du monde: comment attraper la fièvre brésilienne du football
Sports et activités

Coupe du monde: comment attraper la fièvre brésilienne du football

Texte par

Kevin Raub (traduit et adapté de lonelyplanet.com)

Mis à jour le : 16 décembre 2016

Carte

Le fondement de la vie selon les Brésiliens : le football. Aucun mot n’est assez fort pour exprimer l’importance culturelle du football dans société brésilienne.
Le pays vit et respire au rythme de ce sport tout au long de l’année et lors des matchs de la bien-aimée Seleção, l’équipe nationale, tout s’arrête. Les banques et les bureaux ferment leurs portes, les rues se vident, la cour suprême suspend ses activités, tandis que les bars, les restaurants, les maisons et les places publiques se remplissent d’une foule compacte.
Un défilé de canetons pourrait traverser la plus grande artère du pays, l’avenue Paulista, sans risque d’être écrasé. Quiconque s’accorderait une petite sieste en ignorant que le Brésil joue un match de Coupe du monde plus tard dans la soirée aurait, à son réveil, l’impression que le pays a été victime d’une apocalypse qui a transformé la population en une armée de zombies. Rien ne dit, d’ailleurs, que les hôpitaux fonctionneraient… et de toute façon, qui s’en soucierait ?

La réalisation d’un rêve

“Le football revêt une importance fondamentale dans la construction du Brésil moderne”, explique Paulo Calçade, commentateur pour la chaîne de télévision sportive ESPN. “Ici, le jeu, la musique et la danse se conjuguent et fusionnent en un mélange unique. En dehors des terrains, le football imprègne l’essentiel des rapports humains. Ses mots et ses expressions font partie intégrante de notre vocabulaire, de notre musique et de notre joie de vivre.”
Si une victoire mondiale à domicile est un rêve que le pays caresse depuis 1950, année où la Seleção a essuyé face à l’Uruguay une défaite traumatisante restée gravée dans la mémoire de tout un peuple, le retour de la Coupe du monde sur le sol brésilien ne s’est pas déroulé sans anicroches. Les manifestations contre le coût exorbitant de la compétition (près de 11 milliards de dollars à ce jour), les retards dans la construction des stades et les problèmes d’infrastructures ont jeté une ombre sur les préparations du tournoi. Un tournoi qui suscite chez les Brésiliens des sentiments mitigés.
“Quel est l’objectif lors d’une Coupe du monde ? Gagner !”, explique Paulo Calçade. “Même dans ses périodes les plus sombres, le Brésil a toujours participé dans le but de remporter le titre. Le problème de l’édition 2014, c’est qu’elle coûte trop cher à un pays confronté à des besoins bien plus importants, comme la santé, l’éducation, l’hygiène et la réduction de la pauvreté. Hélas, la FIFA ne s’en soucie guère : pour elle, ce Mondial s’annonce comme le plus lucratif jamais organisé. Si le Brésil gagne, ce modèle sera validé de manière durable. Si nous perdons, les dirigeants du foot brésilien se retrouveront sur la sellette. C’est l’occasion pour nous d’apporter des idées nouvelles et d’améliorer la transparence. Une lumière au bout du tunnel”.
Des dessins humoristiques circulant sur le Net brésilien illustrent l’ambivalence de la population vis-à-vis du tournoi. Une mère demande à son mari, en février, où est passé leur fils. “Il a séché les cours pour protester contre la Coupe du monde”, répond le père. Elle lui repose la même question en juillet. “Il a séché les cours pour aller voir jouer le Brésil.”

Assister à un match de foot brésilien

Au Brésil, les matchs sont des événements bruyants et pleins d’exubérance. L’exposition sur les torcedores du Museu do Futebol, à São Paulo, donne un aperçu du bruit assourdissant régnant dans les tribunes, assez comparable à celui d’un  Boeing 777-200 au décollage. Si les insultes qui fusent presque sans interruption visent surtout les arbitres et leurs assistants, les joueurs ne sont pas toujours épargnés. Demandez à un Brésilien de vous traduire certaines des invectives les plus hautes en couleur… Le chant le plus souvent entendu dans les stades est “Sou Brasileiro” dont on reprend en chœur le refrain : “Eu sou brasileiro com muito orgulho, com muito amor.” (“Je suis brésilien, avec beaucoup de fierté et beaucoup d’amour.”). Lors des matchs de la ligue, les supporters substituent au mot “brésilien” le nom de leur équipe.
Souvent, et en particulier à Rio de Janeiro, détenir une place numérotée ne garantit rien : la règle du premier arrivé, premier servi s’applique, et mieux vaut être plus costaud et plus agressif que le voisin. Notez toutefois que lors de la Coupe des Confédérations en 2013, les ouvreuses et les agents de sécurité ont veillé au bon placement des spectateurs et que les matchs se sont déroulés dans une atmosphère palpable de respect de l’ordre. Il en sera sûrement de même pour le Mondial 2014.
Sans être une occurrence quotidienne, la violence dans les stades n’est pas inhabituelle non plus, même si les batailles rangées, comme celle qui a opposé en 2013 les supporters de l’Atlético-PR et de Vasco, restent assez rares. La vente d’alcool est interdite dans les stades pour juguler la violence (sous la pression de la FIFA, le congrès brésilien a cependant accepté de lever temporairement cette interdiction durant la Coupe du monde), et des barrières dans les tribunes séparent généralement les aficionados des équipes en présence. À l’extérieur des stades, les choses peuvent dégénérer. Il arrive souvent que des supporters attaquent le bus de l’équipe opposée, et les accrochages isolés entre supporters sont teintés d’un hooliganisme exacerbé par l’alcool. Des unités à cheval de la police antiémeute sont souvent présentes lors des grands matchs entre clubs rivaux. De manière générale, cependant, les rencontres se déroulent dans une ambiance joviale, où le pire qui puisse vous arriver est de voir votre équipe se faire écraser !

Rester en sécurité durant les matchs du championnat brésilien

Pour éviter les ennuis lors des matchs du championnat brésilien, portez des couleurs neutres ou celles de l’équipe recevant à domicile afin de ne pas attirer l’attention sur vous (ce genre de précaution ne devrait pas être nécessaire pour les rencontres de la Coupe du monde). Abstenez-vous donc de porter du vert à un match des Corinthians, du rouge pour voir jouer le Grêmio ou du bleu lors d’une rencontre impliquant l’Atlético Mineiro et ce, quelle que soit l’équipe opposée. Tenez-vous loin de la barrière qui sépare les supporters des deux clubs – c’est là que se regroupent les plus agités d’entre eux, et les choses peuvent vite tourner au vinaigre. Vous pouvez crier, vociférer, chanter, hurler les insultes qui enrichissent depuis peu votre vocabulaire si l’ambiance s’y prête, mais ne vous lancez pas dans des altercations verbales avec les spectateurs du cru. Ils risquent de vous répondre sur un mode plus musclé : votre statut d’étranger a ses limites !
Si vous voulez boire, apportez vos réserves et désaltérez-vous avant le match ; on peut aussi acheter des canettes fraîches à l’extérieur des stades, où des vendeurs munis de vieilles glacières en polystyrène proposent des bières bon marché (au Brésil, boire en public est autorisé). De la bière Anheuser-Busch sera en vente dans les stades de la Coupe du monde. Notez cependant que lors de la Coupe des Confédérations, les files d’attente, bien que pas particulièrement longues, avançaient avec une lenteur extraordinaire.
Et une dernière chose…
“Ne vous montrez pas trop amical avec les filles”, conseille Dov Zylberman, un supporter du Santos. “Elles sont toujours avec quelqu’un, et ce quelqu’un est généralement prompt à la bagarre."

Les principaux lieux de pèlerinage footballistiques au Brésil

Vous venez au Brésil pour le Mondial ? Le commentateur de la chaîne ESPN Paulo Calçade a recensé pour nous cinq lieux incontournables pour les passionnés de foot :

  • Estádio do Maracanã, Rio de Janeiro - “Récemment rénové, c’est un monument emblématique du foot brésilien. Impossible de venir à Rio et de ne pas le visiter. Nos meilleurs joueurs y ont joué."
  • Estádio Urbano Caldeira (Vila Belmiro), Santos - “Le stade Vira Belmiro, à Santos, n’est plus tout jeune mais c’est celui du club mythique de Pelé."
  • Museu do Futebol, São Paulo - “Dans le stade Pacaembu, à São Paulo. Un musée spectaculaire, très moderne, qui offre aux fans une expérience inoubliable et se trouve en outre dans un stade qui a accueilli la Coupe du monde en 1950. Non seulement l’endroit est charmant, mais c’est toujours là que jouent les Corinthians."
  • Un stade local  - “Aller voir un stade de quartier est toujours intéressant. Il y en a des milliers au Brésil, en particulier à São Paulo. Aujourd’hui, le développement immobilier les repousse toujours plus loin des centres-villes, mais c’est là que vous comprendrez ce que signifie réellement le football au Brésil. "
  • Peladão de Manaus - “En Amazonie se déroule un championnat local unique en son genre, le Peladão, qui attire des foules d’amateurs. Chaque équipe présente une Miss. Une équipe éliminée peut être repêchée et revenir sur le terrain si sa Miss est élue reine du tournoi. Le foot brésilien dans toute sa fantaisie !"

Nous nous permettrons d’ajouter à cette liste un dernier lieu : Três Corações, dans le Minas Gerais. La ville natale du footballeur le plus célèbre du monde, Pelé, se trouve à 287 km au sud-ouest de Belo Horizonte, tout près de la route BR-381 qui conduit de São Paulo à la capitale du Minas Gerais. Une immense statue du roi Pelé marque l’entrée de la ville, où a été inaugurée en 2012 la Casa Pelé (www.trescoracoes.mg.gov.br), une réplique de la maison qui l’a vu naître et grandir.
Sur la place principale, la Praça Coronel José Martins (également appelée Praça Pelé), se dresse depuis 1971 une statue en bronze de la star brandissant le trophée Jules Rimet remporté par le Brésil lors de la Coupe du monde 1970. Une autre statue de Pelé, représenté enfant avec son père, orne le Parque Municipal Dondinho, du nom de ce dernier. La Casa da Cultura Godofredo Rangel renferme des documents et objets en rapport avec l’enfant du pays. Três Corações se trouve un peu loin de tout, mais c’est une destination à ne pas manquer pour les fans de Pelé.
Installé à São Paulo et co-auteur du guide Brésil de Lonely Planet, Kevin Raub nourrit un amour particulier pour l’intérieur des terres. Suivez-le @RaubontheRoad.