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Culture et voyage

Le New York des écrivains

Mis à jour le : 11 mai 2016

Carte

Que serait New York sans les écrivains qui ont contribué à façonner son mythe ? Découvrez la ville sous toutes ses coutures grâce à ces sept romans capitaux.

1. Manhattan Transfer

John Dos Passos, 1925
Stendhal promenait son miroir au bord des chemins, Dos Passos brise le sien et en éparpille les morceaux dans les coins et recoins de Manhattan. Manhattan Transfer n'est qu'impressions fugitives, parcelles d'existences qui se font de plus en plus petites, à cette époque où grandissent les gratte-ciel dont l'acier et le verre multiplient reflets et faux-semblants. Nous sommes dans les années 1910–1920, et l'écrivain capte l'humain pris dans les ressorts d'une société de plus en plus mécanisée, portant aux nues les élus, et abandonnant ceux qui ne parviennent à l'intégrer. L'injustice sociale décrite par Dos Passos suggère avec une troublante préscience les scènes de désespoir que connaîtra la ville, quatre ans plus tard, lors de la Grande Dépression.
Le titre du livre évoque un carrefour, une correspondance entre deux trajets, situé à Manhattan ; cependant l'île n'est que l'un des éléments du roman, qui explore d'autres quartiers de New York, liés aux emplois et aux conditions sociales des personnages, du Brooklyn de la Prohibition aux docks.

2. American Psycho

Bret Easton Ellis, 1991
Golden Boy et Mister Hyde. Nul besoin d'absorber quelque concoction pour passer de l'un à l'autre : il suffit de l'argent facile de Wall Street, et d'une tendance à la schizophrénie. Patrick Bateman, prototype du yuppie des années 1980, sniffe de la coke avec des copains en boîte, porte des costumes à trois zéros pièce, et est obsédé par la bonne tenue de sa coiffure, bien que le sang qui gicle ne le gène pas. La surenchère morbide du roman de Bret Easton Ellis faillit lui valoir de rester dans un tiroir, l'éditeur qui le lui avait commandé renonçant de le publier. Quelques scandales et menaces de mort plus tard, reste une virulente critique de la société de consommation, écrite dans un style survolté.
En bon yuppie, Patrick Bateman fréquente force bars, restaurants et clubs de grande classe. Vous aurez du mal à les retrouver : l'auteur en a inventé plusieurs et New York a bien changé depuis les années 1980. Certains sont cependant réels et existent toujours, comme l'Oyster Bar, situé dans la gare Grand Terminal Central, et le 21 (21 West 52nd Street), bar né lors de la Prohibition et célèbre pour ses statues de jockeys surmontant son fronton.

3. L'Attrape-Cœurs

J.D. Salinger, 1951
New York est un terrain plein de possibles quand on fait l'école buissonnière, ou plus exactement quand on s'est fait virer de son établissement, et qu'on n'ose pas rentrer chez ses parents plus tôt que la date prévue – celle du début des vacances de Noël. C'est donc le col relevé dans la nuit hivernale que l'on erre en compagnie de Holden Caufield, et que l'on cherche un sens à la vie, en même temps que le refuge des canards de Central Park, vu que le lac est gelé. Dans un style effronté, J.D. Salinger fit émerger la voix de l'adolescence dans un pays qui y était sourd, en choisissant l'angle le plus à fleur de peau : celui de la crise.
Où faire les 400 coups à New York ? D'après Holden, il vaut apparemment mieux éviter Greenwich Village, les night-clubs y sont décevants, quoique à soixante ans de distance, les choses ont dû changer. Ce qui ne change pas, en revanche, ce sont les sentiers et les manèges de Central Park, ni les os de dinosaures et les animaux naturalisés de l'American Museum of Natural History, situé dans le bâtiment Arsenal, juste à la sortie ouest du parc. Datant tous deux du milieu du XIXe siècle, le parc et le musée nous sont parvenus modernisés sans rien perdre de leur charme d'origine.

4. Gatsby le Magnifique

Francis Scott Fitzgerald, 1926
Comme toutes les vérités désagréables à entendre, Gatsby the Great fut un échec lors de sa parution. Ce n'est pas que le roman de Francis Scott Fitzgerald était en avance sur son temps : c'est au contraire qu'il n'avait que trop bien compris son époque, celle du jazz, mais aussi celle de la chandelle que l'on brûle par les deux bouts, et qui sera consumée avec la crise de 1929. Le New York huppé des années 1920 est une Rolls Royce lancée à toute allure vers le bord de la falaise. Et encore, une Rolls Royce à la carrosserie étincelante, mais au moteur douteux. Le roman a connu plusieurs adaptations au cinéma, dont la plus connue est celle de Robert Clayton, avec Robert Redford et Mia Farrow ; ce sont des demeures de Rhode Island qui « jouèrent » celle de Gatsby. En 2013, Baz Luhrman a commis une nouvelle adaptation, confiant le rôle-titre à Leonardo di Caprio ; le film fut tourné en Australie
Jay Gatsby donne ses fêtes dans son immense propriété de Long Island, banlieue chic et aisée de New York. On peut aujourd'hui faire la fête à Long Island sur les anciens docks industriels de l'East River : réamanégés et classés monuments historiques, ils comprennent un parc, le Gantry Plaza State Park, avec une vue royale sur Manhattan.

5. Last Exit to Brooklyn

Hubert Selby Jr., 1964
Avertissement : certaines scènes de ce livre sont susceptibles de heurter la sensibilité du jeune public. Et même d'un public moins jeune. Vous voilà prévenu. La visite de Brooklyn dont nous gratifie Hubert Selby Jr dans ce recueil de nouvelles n'a rien d'une promenade touristique. C'est plutôt un voyage au bout du sordide, de la violence et de la solitude. Le déversement des frustrations et des dévoiements des prostituées, marins ivres et travestis peuplant le Brooklyn populaire, dans un style cru, valut à l'auteur et à son éditeur un procès pour obscénité. Il publiera, une quinzaine d'années plus tard, un Retour à Brooklyn, dont le titre original est synonyme de claque cinématographique : Requiem for a dream.
Si Brooklyn reste le quartier le plus peuplé de New York, les chances d'y assister à des scènes analogues à celles décrites par Hubert Selby Jr. sont moindres. Depuis quelques années, hommes d'affaires et faune branchée ont investi Williamsburg, Manhattan devenant trop étroit. Brooklyn connaît une gentrification avancée, les quartiers ouvriers se peuplant peu à peu d'habitants issus de la classe moyenne et d'artistes, mais reste cosmopolite.

6. Le Bûcher des vanités

Tom Wolfe, 1987
La Grosse Pomme est véreuse. Il n'y a pas grand monde à sauver, dans Le Bûcher des vanités. Que ce soit le riche financier Sherman McCoy, qui écrase accidentellement un Noir de 19 ans après s'être égaré dans le Bronx, que ce soient les journalistes, qui font leur miel de sa descente aux enfers constellée de flashs photographiques et alimentent les vagissements hystériques de la foule, ou que ce soit les hommes politiques qui jettent de l'huile sur le feu à des fins électoralistes. Tom Wolfe fait tout passer sur son bûcher : l'outrecuidance argentée des traders de Wall Street, le cynisme ordinaire des maîtres à penser, la récupération obscène d'un drame sous couvert de politiquement correct. C'est le New York de la fin des années 1980, et le monde d'aujourd'hui.
Le Bronx, c'est plus le Bronx. Longtemps, il ne faisait pas bon traîner tard le soir dans les rues de ce quartier nord, enraciné dans la délinquance et la misère sociale. Depuis le milieu des année 1990, un plan urbanistique visant à désenclaver le quartier et à améliorer ses conditions d'habitation, a modifié sa réputation, sans modifier son visage, hispanique à plus de 50 % et afro-américain à plus de 30 %.

7. Trilogie new-yorkaise

Paul Auster, 1985–1986
Trois courts romans, trois variations sur New York, et sur la figure du détective privé. Privé de quoi ? De sujet. Avec beaucoup d'humour et d'intelligence, Paul Auster s'empare du genre littéraire de prédilection de New York, le roman policier, qu'il débarrasse de toute intrigue linéaire pour en faire une méditation sur les déréglements identitaires de ses habitants. Ses personnages se font à dessein passer pour d'autres qu'eux-mêmes, au point de devenir tout à fait cet autre, s'ils ne l'étaient déjà. Telle est New York, cette Cité de verre ou tout le monde se surveille, au point de ne plus savoir si la glace est sans tain ou non.
Accompagner le narrateur du premier roman, La Cité de verre, dans sa déambulation dans Manhattan, des lumières de Broadway aux rives de l'Hudson River, peut être un grand moment dans une visite à New York. Et c'est encore mieux si l'on vient de Paris : le narrateur du troisième opus, La Chambre dérobée, y compare les ciels des deux villes. On pourra par ailleurs retrouver à l'écran le New York de Paul Auster dans les films Brooklyn Boogie et Lulu on the Bridge.