-->
  1. Accueil
  2. Magazine
  3. Culture et voyage
  4. L'Irlande en 6 films essentiels
Culture et voyage

L'Irlande en 6 films essentiels

Mis à jour le : 9 janvier 2017

Carte

Des jeunes filles rousses courant à perdre haleine dans la lande, des chevaux blancs surgissant de la mer, des hommes ne se départissant jamais de leur casquette en tweed… Avec un bon livre ou un film, laissez-vous happer par l'Irlande.
 

1. Michael Collins (Dublin)

Neil Jordan, 1996, France/Irlande/Grande-Bretagne
La musique atonale et résolument contemporaine d'Elliot Goldenthal, transfigurée aux moments-clé par la lumineuse complainte de Sinéad O'Connor, ne pouvait mieux habiter la sombre évocation de la lutte menée par Michael Collins. En rattachant explicitement, au tout début du film, l'assassinat du leader indépendantiste à la sanglante répression de la révolte de Pâques 1916, le cinéaste irlandais Neil Jordan fit du parcours de Michael Collins une tragique épopée nationale : il remporta son pari, et le Lion d'or à Venise en 1996.
Le film s'ouvre sur le siège par les canons britanniques du City Hall de Dublin, où les Irlandais s'étaient réfugiés lors de la révolte de Pâques 1916. Le bâtiment du XVIIIe siècle, qui a malgré tout traversé relativement intact les différents affrontements, se visite et accueille une exposition consacrée à l'histoire de la ville. Le film reproduit en outre l'attaque du palais de justice de la ville, au début de la guerre civile, en 1922, qui occasionna la perte irrémédiable des archives nationales, et sonna le début de la bataille de Dublin.
 
 

2. L'Homme tranquille (Connacht/côte ouest)

John Ford, 1952, États-Unis
John Ford porta à bout de bras durant plus de quinze ans ce projet, et dut autant au succès de Rio Grande qui lui permit de le financer, qu'à la solidarité de ses acteurs et de son équipe de tournage, de concrétiser enfin cet hommage à la terre de ses ancêtres. Le maître du western a déjà réalisé deux films se déroulant en Irlande, mais c'est la première fois qu'il peut, enfin, tourner sur les lieux-mêmes de l'action. L'emploi âprement négocié du Technicolor magnifie le vert de la campagne irlandaise et le roux de la chevelure de Maureen O'Hara, pour l'amour de laquelle John Wayne, boxeur irlandais revenu d'Amérique, va devoir renoncer à sa promesse de ne plus faire usage de ses poings…
Le village de Cong, dans le comté de Mayo, au nord-ouest de l'Irlande, n'a pas oublié le séjour de John Ford qui l'élut pour figurer la localité fictive d'Innisfree, et a marqué d'une pierre blanche les différents lieux où tourna l'équipe ; c'est même aujourd'hui sa principale ressource touristique ! Le fan club du film se réunit chaque année au château d'Ashford, décor récurrent de l'action et aujourd'hui transformé en hôtel cinq étoiles ; quant au pub visible dans le film, il fait tourner tous les jours le DVD de The Quiet Man !
 
 

3. Le Vent se lève (Comté de Cork)

Ken Loach, 2006, coproduction européenne
Ken Loach a frappé fort en signant une romanesque et non moins percutante reconstitution de la guerre d'Indépendance irlandaise, à travers les exactions menées dans le comté de Cork par les Black and Tans, groupe paramilitaire envoyé par l'Angleterre pour mâter dans le sang les aspirations libertaires de sa voisine catholique. Le film emprunte son titre original, The Wind that shakes the Barley – « Le vent qui secoue l'orge » –, à une ballade écrite au XIXe siècle par Robert Dwyer Joyce, consacrée aux jeunes Irlandais qui se battaient déjà, au siècle précédent, pour la liberté. Le vent de Ken Loach souffla sur Cannes et en décrocha la Palme d'or en 2006.
Le « Rebel County » – « comté rebelle » – où se joue l'action du film est celui de Cork, au sud-ouest de l'Irlande : la région tient en réalité sa réputation frondeuse depuis le XVe siècle, et la confirma pendant la guerre d'Indépendance en étant le théâtre de ses plus violents affrontements. L'embûche tendue dans le film est inspirée de celle de Kilmichael, et a été tournée dans les montagnes bordant Ballyvourney. Loach clôt son film à Kilmainham Gaol, prison située à Dublin, tristement célèbre pour ses exécutions de prisonniers irlandais par les troupes britanniques, et transformée aujourd'hui en lieu de mémoire, ouvert à la visite.


 
 

4. La Fille de Ryan (PÉninsule de Dingle)

David Lean, 1970, Grande-Bretagne
Assoiffée de romance, la fille de Ryan est à l'ouest. Tout à l'ouest : de l'Irlande, et des prémices de la guerre civile qui pourtant déjà se font sentir, au-dessus desquelles ses amours vont aveuglément passer… L'Irlande de David Lean est presque plus grande que nature. Nul mieux que lui, en tout cas, ne sut rendre la somptuosité bouleversante d'une contrée offerte aux éléments, qui tour à tour la fouettent, la noient, l'aveuglent. Le CinémaScope, format idéal des grands espaces, ne fait certes pas tout. L'emploi par Lean de la profondeur de champ situe ses dérisoires créatures dans des perspectives qui les dépassent, et parfois les submergent littéralement. L'ombre défilante des nuages sur le sable immense, la vague rattrapant les pas de Sarah Miles, la tempête s'abattant avec une toute-puissance indifférente sur les hommes – on n'ose imaginer la patience, et parfois le cran, qu'il fallut aux opérateurs du film pour capter ces fugaces éclats de majesté naturelle – inscrivent ce récit d'amour et de révolte qui couve dans une échelle forçant l'humilité.
La fille de Ryan vit ses amours, vaguement inspirées de Madame Bovary, dans le Far West de l'Irlande, c'est-à-dire sur la péninsule de Dingle, extrémité occidentale de l'île, située dans le comté de Kerry. On retrouvera ses falaises et ses vastes plages à Slea Head, caractéristique pour ses longs rochers verticaux émergeant de l'eau, et à Dunquin (plus exactement à Ceathru et sur Coumeenole Beach) avec, cependant, moins d'espace pour soi tout seul que dans le film : la péninsule est devenue une destination touristique de choix.
 
 

5. Le Cheval venu de la mer (Connemara/ Dublin)

Mike Newell, 1992, Irlande/Grande-Bretagne
Tout est dans le titre, ou presque. Outre la splendeur des paysages du Connemara que les deux jeunes héros de cette fable parcourent sur le dos du Cheval venu de la mer, le film – très populaire en Irlande – place sous les projecteurs une portion fort méconnue de la population irlandaise : les « travellers », appelés aussi « tinkers », communauté nomade se déplaçant principalement à cheval, et parlant sa propre langue, le shelta. Souvent victimes de rejet de la part des autorités et de la population, ces « gens du voyage » irlandais se font de plus en plus rares, et, en se sédentarisant – comme les héros du film – laissent derrière eux la majeure partie de leur identité.
Le film dépeint d'abord la banlieue pauvre de Dublin, où Gabriel Byrne, qui interprète le père des deux enfants, a lui-même passé son enfance ; mais c'est évidemment la course du cheval à travers l'ouest de l'Irlande qui fait voyager par les montagnes et les landes du Connemara, jusqu'aux falaises de Moher. Ce haut lieu – dans tous les sens du terme – du tourisme irlandais domine sur 8 km de long l'océan Atlantique, au sud-ouest de l'île ; depuis 2007, la visite des falaises est organisée au sein d'un parc favorisant la préservation du patrimoine naturel : www.cliffsofmoher.ie
 
 

6. Gens de Dublin (Dublin)

John Huston, 1987, États-Unis
John Huston, cinéaste des échecs épiques, tourna ses récits d'aventures insensées sur à peu près tous les continents, ou peu s'en faut. Son ultime film ressortit pourtant de la musique de chambre. Prenant quasi intégralement place dans une maison cossue de Dublin, au cours d'un réveillon, le film adapte fidèlement la plus fameuse nouvelle du recueil de James Joyce, Dubliners. Et superpose les nostalgies : nostalgie de l'héroïne, interprétée par la fille de Huston, pour un amour perdu ; nostalgie de James Joyce pour la société dublinoise qu'il avait quittée lorsqu'il écrivit le texte original ; nostalgie d'une Irlande, au début du XXe siècle, avant la tempête des affrontements indépendantistes. Et, plus simplement encore, nostalgie de la vie : mourant au moment du tournage, John Huston disparut avant la sortie de son dernier film, intitulé The Dead, en version originale.
De Dublin, on ne voit que brièvement, dans le film, quelques rues enneigées que parcourt la calèche des personnages principaux, au début et surtout à la fin du film. La demeure des hôtes se tient toutefois dans Henrietta Street, qui reste l'une des rues les plus pittoresques de Dublin, pour avoir pleinement conservé son cachet XVIIIe siècle, hérité de l'architecture georgienne (du nom des quatre premiers rois d'Angleterre prénommés George, entre 1714 et 1830).


Guide de voyage

500 films, disques et livres qui vous parlent de voyage