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Attention! Dans les plantations de thé, la situation n'est pas aussi idyllique qu'il n'y parait...

Portrait d'anonyme
Tontz
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Bonjour,

Suite à mon voyage au Sri Lanka, effectué dans le but d'échanger avec la population locale, je peux vous dire que j'ai été scandalisé par le manque de discernement de LONELY PLANET sur les conditions de vie des Tamouls travaillant dans les plantations de thé. Aussi j'aimerais vous mettre en garde contre les tours opérateurs/agences de voyage qui fournissent une illusion de la réalité dans les PLANTATIONS DE THE. Et oui, notre bon thé Lip*** n'est pas aussi respectueux des travailleurs et de l'environnement qu'il ne le dit et qu'il n'y parait.

C'est le deuxième point qui m'interpelle, car ce que j'ai vu la bas dépasse l'entendement. C'est loin de la version idyllique chantée dans le LONELY PLANET (d'un inconditionné de ce manuel lors de mes voyages... je suis extrêmement déçu par les auteurs + la non vérification par les bureaux en France). C'est pas la photo de couverture où l'on voit des femmes souriant, dans un décor de rêve...

1er point: Se demander pourquoi personne au Sri Lanka ne veut y travailler dans ses soit-disantes plantations paradisiaques????

Un début de réponse se situe surement dans les conditions de travail elles-mêmes:

- Un salaire de 2€ par jour et le plus souvent moins (parce que c'est si tu ramasses minimum 18kg)

- Pas de protection du travail (si tu tombes malade et que tu ne vas pas travailler une journée... tu n'es pas payé du mois ; si tu as un accident du travail et que tu as besoin d'aller à l'hopital c'est un joli combo ... pas de salaire du mois puisque plusieurs jours ratés+remboursement des frais pris sur le mois d'après)

- Pas de protection contre les pesticides (tu t'imaginerai vaporiser du round up dans l'air sans porter ni masque ni gant et en tongues?) ... ah et j'oubliais que tu devais ramener les pesticides + engrais chimiques chez toi (donc quand on te fournit aucune formation, tu les laisses dans la cuisine)

- Travailler 6 jours sur 7, de 10 à 12h par jour à porter (pour les cueilleuses) des paniers de thé sur la tête (essayez de le porter, vous verrez). J'ai essayé et j'ai souffert le martyre avec mes cervicales...

- sur le lieu de travail: des superviseurs qui utilisent la baguette pour vous faire avancer (ils tapent pas les travailleurs question d'éthique) et vous interdisent de parler dans les rangs. J'ai subi ca une fois dans les vignes, et je peux vous garantir que la pénibilité du travail n'en est que plus grande!!!!

- est ce que je rajoute un point sur les syndicats? Brièvement, il y a un syndicat jaune, à la mercie des billets verts et des corrupteurs (politiques et économiques) et toute complainte n'est pas relayée, pire encore, le mec qui se plaint va se faire taper par des milices privées. Il y a depuis peu la création d'un réel syndicat, mais les secrétaires se font caillasser leur baraque et les familles sont menacées.

Ca donne envie d'aller se faire des working holidays la bas non?

2e point: S'interroger sur l'origine ethnique des travailleurs et s'attacher à leur condition?

-Droit à la citoyenneté Sri Lankaise, mais sans pouvoir y accèder, est-ce vraiment un droit???

La majorité des travailleurs dans les plantations sont des Tamouls (83% des travailleurs). Ils sont d'origine Indienne, n'ont absolument rien à voir avec les Tigres (d'ailleurs ces derniers n'ont jamais rien fait pour eux). Ils sont arrivés au Sri Lanka d'Inde avec Sir Thomas Lipton qui s'est dit: "Bon Dieu, ce pays là est sacrément bien foutu pour produire du thé, néanmoins ici ils ne connaissent pas le savoir faire! J"ai une idée, si j'importais des Indiens pour venir y travailler!" (avant le thé, le Sri Lanka était majoritairement producteur de café).

Bref, depuis plus de 200 ans cette population n'a cessé de trimer pour nous offrir le meilleur des thés, avec sa finesse et ses saveurs, au prix de leur vie, de leur développement, et de leur impossibilité d'offrir à leur génération future un meilleur lendemain.

MALGRE TOUT, ils n'ont eu le droit (au prix d'un travail acharné d'associations etc.) à la citoyenneté que depuis 2003. Avant c"était encore des étrangers... Bon en fait ils le sont toujours, parce que point essentiel il leur manque quelque chose....

Attention: je suis... je suis un papier permettant de prouver l'identitié d'une personne, refferant à sa nationalité, distribué par l'admnistration et requerrant un nombre de papiers incalculable je suis... la carte d'identité. Bah ça c'est sacrément galère à obtenir. Imaginez que pour obtenir une carte d'identité, vous n'aviez le droit qu'à une seule chance (si erreur dossier invalide et impossibilité d'obtenir une nouvelle chance), que ce n'était pas votre langue parlée (les Tamouls des plantations parlent Tamoul et non Cinghalais, seule langue officielle) et que vous deviez perdre un mois de salaire pour aller la faire. Que vous n'aviez pas de bus de chez vous et que vous habitiez dans le trou du cul du monde?

Ca ne serait pas un peu galère???

Petit conseil des thés L****N: si tu veux garder le contrôle sur tes employés, assure toi que leur mobilité géographique soit réduite!

- Pas d'éducation, de transport en commun ni de centre de santé?

Pilliers du développement, bah quand tu es Tamoul et que tu vis dans les plantations de thé, tu peux oublier!

Pour vous donner une idée, la fille d'une travailleuse tamoul souhaitait aller à l'Université (rêve d'une vie meilleure), elle souhaite s'inscrire le lendemain elle est retrouvée morte brûlée dans la forêt...

Les Tamouls travaillent, vivent, se marient (vous vous marrierez dans votre entreprise?) et meurent dans les plantations de thé. Ils sont dans les plantations, n'abitent pas des villes normales comme les cinghalais (je veux dire vous habitez sur le lieu de production) et n'occupent aucun poste à responsabilité (dans la hiérarchie, à partir des superviseurs, ils sont cinghalais). L'accès, je peux vous garantir, pour avoir été les voir est sacrèment difficile, et pourtant j'étais en 4x4! Donc la bas, pas de bus public. Tu te sens un peu isolé, mais bon pour quelqu'un qui chercherait la tranquilité je veux dire pourquoi pas!

Exemple d'une communauté tamoul d'une plantation qui souhaitait améliorer son accès routier. Ils rénovent la route (car ce n'est pas le ressort du gouvernement il y a une réglementation spéciale), l'entreprise apprend ca et appelle la police pour qu'ils viennent détruire tous les aménagements faits par la communauté. Tu n'as pas le droit de construire par toi même. Bien sur que tu es stupide, la compagnie veille à ton confort, tu n'as besoin de te préoccuper de rien.

Petit conseil des thés L****N: si tu veux continuer à exploiter des travailleurs, arrange toi pour que leur niveau d'éducation ne soit pas trop élevé.

3e point: Discerner ce qui est dit et ce qui est fait!

Il y a un consensus pourtant! Les agences de voyage, la majeure partie des gens du pays, où même certaines associations, le gouvernement, les entreprises, tous vont te garantir que la bas les Tamouls dans les plantations de thé mènent une vie rêvée. Ils vont même déguiser des personnes pour faire semblant, te ramener des gens qui auront un discours tout préparé tout simplement parce que le superviseur va être pas loin et si le travailleur dit quelque chose de mal il n'a plus de travail.

La question à se poser, c'est pourquoi?

Première raison évidente, les profits des multinationales, ainsi que les petits laissers aléas de la corruption, certes. Un contrôle de population rendu possible aussi. Mais chose intéressante, un travailleur social m'a mis la puce à l'oreille: "personne dans le pays ne va imaginer qu'il est possible qu'une situation si discriminante ne soit vraissemblable".

Bon, ce n'est pas très compliqué à imaginer: regardez dans notre pays qu'est la France, vous voyez beaucoup de personnes d'origine africaine à des postes clé, professeurs d'université, hommes politiques? Et pourtant on ne dit pas "Oui, en France, certaines populations sont discriminées!"

C'est quand même pas un peu hallucinant de savoir que des générations, qui ont contribué voire même, sans qui le magnifique essor économique de notre pays, que l'on appelle les 30 glorieuses n'aurait pas été possible, peuvent voir leur nationalité retirée s'ils commettent une faute?

Je pose juste la question... c'est juste pour comprendre les mécanismes qui peuvent conduire à ce type de comportements.

Portrait d'anonyme
didi1231
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Le sam 22 jan 2011 à 11:43

bonjour,
Je suis en train de regarder pour partir au sri lanka en novembre 2011 après un séjour linguistique en Inde et une semaine dans une ecofarmer qui fait du tourisme solidaire au Rajasthan.
Je voudrais lors de ce voyage faire comme vous, aller à la rencontre de la population, c'est pourquoi j'aurai aimé avoir des renseignements sur les endroits où vous avez été, comment avez vous fait pour le logement? Je pensais au couch surfing pour les villes. Avais vous pris un guide? Est ce facile de discuter avec la population de leurs conditions de vie comme vous avez pu le faire?
J'espère que ça ne vous dérangera pas de me donner ces détails sur votre voyage.
Je vous remercie

Portrait d'anonyme
zymon
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Le lun 24 jan 2011 à 18:54

Juste deux petites remarques pour "répondre" à Tontz.

- Bien sûr la situation n'est pas idyllique dans les plantations de thé mais je ne pense pas qu'elle soit réellement meilleure pour les pêcheurs sur échasse, les mahouts, la plupart des conducteurs de tuk tuk et tous ceux qui vivent (survivent) de petits boulots... N'oublions pas que le Sri Lanka était en guerre il y a peu !
- Je ne vois rien d'idyllique dans les récits et descriptions du lonely planet (soit dit en passant tu parles et présente une ancienne version) et oui les sri lankais semblent être un peuple simplement heureux de vivre, les cueilleuses sont souriantes (celles que nous avons croisé en tout cas) malgré leur dur labeur.

En conclusion, et pour être dans l'air du temps, oui il est bon de s'indigner sur le sort réservé notamment à cette population mais tu devais être bien naïf avant pour imaginer un seul instant que des multinationales comme L....n prennent soin de leurs employés dans des pays sans droit du travail et protection sociale !